9 - Les Rigoley

Publié le par Bernard

En 1678, l’acquéreur des terres anciennement détenues par M. le Baron de DORTAN fut un conseiller du Parlement de Bourgogne, Pierre 1er RIGOLEY époux d’Odette BERBIS.

Celui-ci possédait déjà Corgoloin et en son voisinage le château de La Chaume qu’il fit construire et celui de Visargent. Il prit le nom de sa nouvelle terre et il est connu comme ses descendants sous le nom de Rigoley de Chevigny

  La Chaume-2
Le Château de La Chaume en 2004…

A Dijon, on trouve au n°3 de la place des Cordeliers, l’hôtel Rigoley de Chevigny acquis par celui-ci en 1685. On y accède par un beau portail à fronton cintré. Il est probable dit Eugène Fyot (auteur de « Dijon son passé évoqué par ses rues » édité en 1927) que Pierre Rigoley fut l’auteur d’une curieuse salle des fêtes qui subsiste au fond du jardin.

Un jugement daté du 5 janvier 1685 qui opposait le Sieur Foulet alors curé de Chevigny contre Monsieur de Rigoley donne une bonne explication des dîmes (dixme à l’époque) de Chevigny et Corcelles à la fin du XVIIème siècle :

« La dixme en général est une portion de fruits (fruits=production) qui est due à l’église. Cette portion de fruits due à l’église est appelée du nom de dixme, non parce que ce don est toujours la dixième portion des fruits, mais parce que ce droit a été introduit sous les nouvelles lois à l’imitation de la loi ancienne qui l’avait fixé en faveur des Lévites à la dixième partie des fruits. On appelle décimateur celui a qui la dixme est payée. »

Il résulte de ce jugement une grande quantité de règles applicables localement et qui ne paraissent pas utile à ce texte.

 Dans les documents d’Archives (G.383) on trouve également cette intéressante transaction du 8 avril 1687 entre Claude Fyot de l’abbaye de St Etienne, les habitants de Quetigny d’une part, Pierre Rigoley, conseiller au Parlement, seigneur de Chevigny-St-Sauveur, Corcelles-en-Montvaux, La Chaume, et les habitants dudit Chevigny d’autre part, par laquelle il est statué :

 Que la transaction conclue le 27-10-1567 entre Louis de Villers-la-Faye, seigneur de Chevigny et les habitants de Quetigny sera exécutée suivant sa forme et sa teneur.

En ce qui concerne le vif pâturage, que, conformément aux transactions de 1269,1329 et 1508, les habitants de Quetigny ne pourront mener leur bétail dans les bois de Chevigny avant la quarte feuille.

En ce qui concerne le vain pâturage que les habitants de Quetigny et Chevigny n’en useront réciproquement que de manière de parcours.

Que le Seigneur de Chevigny est maintenu dans son droit d’exiger l’amende des délits de garde sur son territoire

Que le pâturage dans les haies Roland est interdit aux habitants de Quetigny, non plus que dans les communaux de Chevigny, que les habitants pourront mettre en réserve.

Enfin, pour le bien de la paix, le Seigneur vend à l’abbé et aux habitants de Quetigny, le pâquier Brûlé sur la réserve de chemin aux habitants de Quetigny pour mener leur bétail à la rivière et à ceux de Chevigny, pour se rendre au moulin de Limprey.

 Le « fonds de Montillet » classé aux archives départementales de la Côte d’Or regroupe de nombreux documents ayant appartenus à la famille Rigoley. On y découvre, notamment, une description de la chapelle du château, bénite en 1707, sur autorisation du chanoine Antoine Amat archidiacre de l’église de Langres et vicaire général de l’évêque dont dépendait, à l’époque, la paroisse de Chevigny-St-Sauveur.

Ce document donne une description précise de cette chapelle, en voici le texte :

 «  La chapelle du château de Chevigny est dans la salle dudit château au premier étage et a été pratiqué dans le gros mur du côté du soleil levant de cinq pieds et demi de large sur trois pieds et demi de profondeur en forme de balcon. Elle est fermée par un balustre de fer des plus riches qui règne jusqu’à la hauteur du plancher.

L’autel est en forme de tombeau sur lequel est un marbre consacré encastré dans la menuiserie et au devant du tombeau est une véronique de sculpture bien travaillée, aussi bien que le retable qui est un panneau crucifié entre deux pilastres. Au-dessus est une gloire ordinaire ornementée et sculptée. (Cette description correspond parfaitement à l’autel classé qui se trouve désormais en l’église de la Ste Trinité de Chevigny-St-Sauveur)

 L’autel est éclairé par deux portes-fenêtres. Une vue eau forte de l’épître et l’autre eau-forte de l’évangile. Le pavé est un parquet

 Le calice, la croix et les chandeliers sont d’argent… » Le document est signé par le Sieur Delagrange alors curé de la paroisse.

  chapelle

 Château de Chevigny-St-Sauveur

Bâtiment de l’ancienne chapelle

Pierre RIGOLEY après avoir exercé sa charge au parlement pendant 29 ans décède à Dijon le 4 mai 1708 et sera inhumé en l’église paroissiale de St Pierre de Dijon.

 Ci-dessous sont reproduits les Blasons des Pierre RIGOLEY

 

Pierre 1er Rigoley

D’or à une fasce de gueules, accompagnée de trois roses de gueules.

BLASON-RIGOLEY-2.jpg

Pierre II Rigoley

D’azur au chevron d’Or, accompagné en chef de 2 étoiles de même et en pointe d’un faisan aussi d’or

 Son fils, qui s’appelait aussi Pierre RIGOLEY (Pierre II) a été reçu conseiller au parlement le 23 juillet 1704, avec des « lettres de comptabilités » qui lui donnaient le droit d’exercer sa charge du vivant de son père, aussi conseiller. Ce n’est qu’à la mort de ce dernier qu’il lui succéda en titre, le 18 février 1709. Ce Pierre RIGOLEY avait épousé Marie DURAND, fille du receveur des dîmes de Chalon-sur-Saône.

Les Rigoley habitaient, nous l’avons vu, sur la place des Cordeliers et Pierre avait hérité de son père la terre de Chevigny-Saint-Sauveur. Il était riche et désirait probablement un hôtel plus vaste. Il obtint donc moyennant 1000 livres par an la location de l’hôtel des Barres au 43-45 rue Chabot Charny par un bail « pour la vie » applicable au dernier survivant des conjoints.

C’est alors que Pierre Rigoley, pour suivre la mode du temps, créa son grand vestibule qui se dégage encore aujourd’hui sur un escalier monumental à double évolution. Des colonnes d’ordre ionique compliqué soutiennent les poutres du plafond divisé en panneaux moulurés. Enfin l’accès du vestibule sur la cour d’honneur reçut extérieurement un porche en forme de portique à balustres soutenu par des colonnes ioniques.

Le faste de cet aménagement laisse présumer que le conseiller Rigoley organisa des réceptions somptueuses, cependant rien ne justifie la réputation de frivolité que lui a faite Clément Janin, dans ses « Vieilles Maisons de Dijon »

  Hôtel des Barres

 L’hôtel des Barres aujourd’hui

On sait qu’une sorte de pamphlet anonyme contre les membres du parlement circulait en 1720, sous forme de quatrains rimés intitulés : « La relation de tous les Compliments et Discours faits par Messieurs du Parlement de Dijon à l’Enfant Jésus le jour de sa naissance. La plupart des membres de la haute assemblée venaient à tour de rôle, dans ce pamphlet, adresser la parole à Jésus en des termes rappelant de manière plus ou moins piquante le caractère ou les ridicules de chacun. Pierre Rigoley figure au défilé de la crèche avec ce quatrain :

  Quoique Rigoley de mon nom,

Dit au nouveau-né Chevigny,

Fort grande est la distinction,

Car je suis Rigoley-Berbis.

 Allusion au nom de sa mère, Odette Berbis.

 On voit que le quatrain qui le concerne n’est pas méchant et n’autorise aucune insinuation contre le conseiller.

 Le château de Chevigny-Saint-Sauveur

 Dans sa forme contemporaine, le château est l'œuvre de Pierre 1er Rigoley de Chevigny. Entre les deux tours préexistantes où furent percées des fenêtres dans le goût du jour, il fit bâtir un corps de logis d'un style assez simple. L'œuvre est de la fin du XVII ème siècle, un pavillon en retour d'angle paraît être un peu plus récent.

 Les «communs» aujourd'hui disparus, s'alignaient au nord entre deux tours des remparts. L'ensemble était ceinturé par les fossés que franchissaient deux ponts dormants : l'un donnait entrée à la basse-cour, à l'est; l'autre était situé devant la porte principale du château, face à l'ouest. En 1707, Pierre Rigoley fit aménager une chapelle dans la partie centrale du logis du 1er étage, elle saillait en encorbellement à l'est (présentée ci-dessus), tandis que les appartements recevaient d'admirables boiseries, dont il ne reste que des vestiges.

Pierre Rigoley fit encore planter des allées d'arbres qui faisaient à ce château des avenues très agréables. Elles conduisaient au bois (l'actuel Bois du Roy) que l'on transforma en parc, en aménageant une étoile d'allées et une perspective sur Mirande. L’allée d’ormes qui occupait le centre a disparu, il ne reste plus que l’allée de sapins, les peupliers eux aussi ont disparu.

 De l'autre côté des jardins furent aménagés jusqu'à la Norges, et au sud en direction du village. Une glacière, luxe assez répandu dans les châteaux de la région fut surmontée d'un petit temple d'Amour, hélas en bois ...

Avant 1820, «les communs» furent abattus et le fossé partiellement comblé. On avait ensuite édifié les bâtiments d'exploitation assez disparates qui furent remplacés au XIX ème siècle par une ferme mieux ordonnée et plus écartée du château.

 C’est à Monsieur de RIGOLEY que l’on doit le beau pavillon nord du château sur lequel en 1828 Monsieur le Baron Théodore de MONTILLET fit placer une horloge très utile pour le château et le village.

 château ancien

 Le pavillon nord et son horloge.

 

Les eaux de la Norges déviées pour

Alimenter le parc du château

 

canal château

 Vers 1750, un canal prenant les eaux de la Norges près du Vernois (lieu dit à Chevigny) fut creusé ; les eaux de la Norges traversent le château et pendant près d’un quart de lieue longent le village pour aller rejoindre la Norges qui borde le pays coté Est.

 lavoire 

Le lavoir - déversoir à la sortie du château

(Le déversoir avant sa destruction…)

Le 1er décembre 1757, Pierre Rigoley fait son testament et ordonnance ses dernières volontés et souhaite vouloir être enterré dans le cimetière de la paroisse ou il décédera soit à Dijon soit dans ses terres et défend expressément toutes (formes) de cérémonies, même de (messe) des titres funèbres dans les églises de ses terres soit en dedans, soit en dehors.

Il veut et ordonne qu’il soit célébré pour le repos de son âme 400 messes basses, savoir 200 dans le lieu de son décès, 100 dans l’église de Chevigny-Saint-Sauveur, 100 dans celle de Corgoloin.

Il donne et lègue à la fabrique de Chevigny-St-Sauveur la somme de 300 F pour être employée en fonds et à condition qu’elle sera dite annuellement et a perpétuité une messe basse le jour de son décès, laquelle sera annoncée le dimanche qui précède le jour de son décès pour engager les habitants d’y assister et de prier Dieu pour lui.

 Puis lègue différentes sommes aux œuvres. Il donne et lègue à Marie DURAND, sa chère femme, la propriété de la part des immeubles et acquêts qui lui appartiennent dans leur communauté : ensemble l’usufruit de tout… et enfin le surplus de ses biens, droits, nom, maison et actions en quoi qu’ils puissent consister, nomme et institue son héritière universelle, Odette Rigoley, sa chère fille, femme de M. Languet de Rochefort et à son défaut ses enfants, et où elle viendrait à mourir sans enfant, il l’invite et la prie de disposer des biens qu’il lui laisse suivant sa prudence pour marqer son amitié et la sienne à leurs héritiers paternels et maternels…

 Les documents examinés ne mentionnent pas la date du décès de Pierre Rigoley, mais celui serait mort en 1759 puisque son testament est lu devant son épouse le 8 avril 1759.

 Marie Durand, veuve de Pierre II Rigoley de Chevigny figurait encore au rôle des tailles de 1782 comme habitant l’hôtel des Barres.

 

 

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